Questions générales

 

Chez les patients souffrant d'incontinence, on diagnostique souvent des « allergies ». La peau située au niveau des protections absorbantes présente-t-elle un risque particulier ?

Quelle est la différence entre allergie et irritation de la peau ?

Puis-je découvrir si un patient est allergique à un type de protection en particulier ?

Quelle est alors la cause des problèmes cutanés chez les personnes incontinentes ?

Pourquoi les personnes âgées encourent-elles un risque plus élevé de dermatite d'incontinence ?

Les médecins craignent la dermatite d'incontinence. Pourquoi est-ce si difficile à traiter ?

Quel rôle jouent les bactéries et les levures comme les Candida dans la dermatite d'incontinence ?

On dit que le pH de la surface de la peau est particulier. Qu'est-ce que cela veut dire exactement ?

Que signifie « pH neutre pour la peau » ?

Pourquoi le pH à la surface de notre peau se situe-t-il entre 4,5 et 5,5 ? 

On dit que le pH acide à la surface de la peau favorise la prolifération de certaines bactéries en particulier. En quoi la flore de la peau saine est-elle si spéciale ? 

Qu'est-ce qui peut altérer l’équilibre de la flore protectrice de la peau ?

Pourquoi l'urine attaque-t-elle la peau ?

Relargage : Que signifie ce terme et en quoi cela provoque-t-il des lésions de la peau ?

 

 

Chez les patients souffrant d'incontinence, on diagnostique souvent des « allergies ». La peau située au niveau des protections absorbantes présente-t-elle un risque particulier ?

En fait, l'incontinence est souvent associée à des modifications de la peau dans la région du périnée. Lorsqu'on les examine de plus près, ces lésions ressemblent à une réaction allergique. On peut observer un érythème (peau rouge), de petites ampoules, voire une érosion (petits défauts à la surface de la peau), qui s'accompagnent d'un suintement et qui peuvent évoluer, dans de rares cas, vers de petits ulcères.  

Chez la plupart des patients, même si les symptômes cutanés font penser à une allergie, des tests plus poussés révèlent clairement qu'il ne s'agit pas d'une allergie mais d'un type sévère d'irritation de la peau.

 

Quelle est la différence entre allergie et irritation de la peau ?

Une allergie se définit par une réaction du système immunitaire du patient. Une allergie fonctionne par « reconnaissance », ce qui signifie que, tout à coup, le système immunitaire identifie une substance particulière (ex. : le nickel) comme un élément « indésirable » et il réagit contre cette substance. 

Une allergie nécessite une phase de sensibilisation (période d'induction) qui peut prendre plusieurs semaines, voire des années, à l'issue desquelles l'allergie se développe lorsqu'un événement déclencheur survient (ex. : contact avec l'allergène, comme le nickel). Ainsi, à chaque fois que la personne sensibilisée (allergique) entre en contact avec l'allergène, elle réagit, souvent très rapidement. D'autres personnes ne réagissent pas à la même substance car leur système immunitaire n'a pas été sensibilisé (formé à la reconnaissance).

Les irritations sont différentes. Une irritation ne survient pas nécessairement en réponse à une sensibilisation. Si le stimulus est suffisamment puissant/agressif, la plupart des personnes exposées réagit par une irritation de la peau. On peut citer l'exemple habituel de la lessive. Le contact avec la peau doit être évité car le pH fortement alcalin, les détergents et les enzymes puissantes déclenchent facilement des démangeaisons, un rougissement et une desquamation de la peau. 

La réaction varie d'un individu à l'autre. Les personnes sensibles, chez lesquelles la barrière de la peau est peu développée, réagissent plus rapidement et en présence d'une concentration moindre de ces substances agressives. Néanmoins, ces différences sont minimes et évolutives. Les réactions sont plus nuancées que dans les cas d'allergies (on est allergique ou on ne l'est pas).

 

Puis-je découvrir si un patient est allergique à un type de protection en particulier ?

Un test d'allergie approprié (test épicutané) doit éliminer une allergie de type IV. En principe, les différents composants d'une protection absorbante sont appliqués sur la peau du dos du patient pendant 48 heures. Ensuite, les substances testées sont enlevées et, pendant 72 heures au maximum, la zone de test est examinée pour rechercher tout symptôme cutané de type allergie. Pour être effectué correctement, ce test nécessite du temps et des ressources. 

Il est possible de recourir à un autre test de dépistage qui consiste à appliquer une partie de la protection (ex. : un carré de 4 x 4 cm prélevé sur la partie centrale d'une protection absorbante) sur la face interne de l'avant-bras. Maintenu à l'aide d'un pansement adhésif, ce morceau de protection absorbante doit demeurer en place pendant 2 jours. Une fois enlevé, il ne doit y avoir aucun érythème (rougissement de la peau) ni aucune ampoule ou démangeaison sévère. Toutefois, ce test présente deux inconvénients : le pansement adhésif est bien plus susceptible de provoquer une réaction allergique que les protections absorbantes. Il est cependant possible d'identifier cela simplement en regardant le site de test. Si l'adhésif agit comme un allergène, la peau recouverte par la protection absorbante sera normale. 

Les zones adjacentes qui étaient en contact avec l'adhésif présenteront une rougeur, des ampoules et éventuellement un suintement. Le second inconvénient est que le dépistage d'un patient qui présente déjà une réaction allergique étendue peut générer une réaction positive sur le site de test malgré l'absence d'allergie. Chez ces patients, le test réalisé après la régression des symptômes aigus s'avère négatif.

Si le site de test ne montre aucune modification de la peau, il est peu probable que le patient soit allergique. Évidemment, le test adéquat est bien plus contrôlé et sensible mais le test « au chevet du patient » peut être effectué dans quasiment tous les contextes.

 

Quelle est alors la cause des problèmes cutanés chez les personnes incontinentes ?

Le terme adéquat pour faire référence à ces problèmes de peau est dermatite d'incontinence. La définition dermatologique actuelle est que la barrière épidermique n'assure plus sa fonction protectrice à cause du contact de la peau avec l'urine et/ou les selles. En outre, lorsque la peau des patients est nettoyée à l'aide de produits détergents, cette barrière est encore affaiblie. En effet, en nettoyant la peau, on enlève également les lipides qui la protègent, ce qui rend le contact de la peau avec l'urine et/ou les selles encore plus agressif. Une inflammation survient et des lésions cutanées peuvent apparaître.

L'urine peut provoquer un gonflement des couches supérieures de la peau (stratum corneum), et les substances agressives peuvent alors pénétrer dans les couches plus profondes. Si les bactéries sont nombreuses, elles peuvent transformer l'urée présente dans l'urine en ammoniaque, un produit hautement irritant et toxique. L'ammoniaque se caractérise par une forte odeur mais, plus important, elle agresse violemment la peau du patient.

Les selles sont encore plus dangereuses. En effet, elles contiennent encore des enzymes provenant du tube digestif sous forme active. Ainsi, tout contact des selles avec la peau entraîne une digestion de la barrière cutanée par ces enzymes. De plus, les bactéries présentes dans les selles ont leurs propres enzymes qui provoquent également des lésions cutanées. Si l'on ajoute à cela des toilettes fréquentes avec des produits alcalins,  il est évident que la peau reste quasiment sans défense.

 

Pourquoi les personnes âgées encourent-elles un risque plus élevé de dermatite d'incontinence ?

Le vieillissement de la peau est l'un des principaux facteurs. Le vieillissement de la peau est encore mal compris et ce, malgré l'intérêt croissant des patients et des médecins. Il existe deux types de vieillissement cutané. Le vieillissement extrinsèque (ou lié au style de vie) et le vieillissement intrinsèque, plutôt lié au patrimoine génétique et aux antécédents de la personne. Évidemment, ces deux types de vieillissement ont lieu simultanément. Cependant, pour ce qui est de la dermatite d'incontinence, il semble que le vieillissement intrinsèque soit davantage impliqué. La peau s'altère avec l'âge : elle ne se régénère que très lentement, et même les petites lésions mettent deux fois plus de temps à se réparer. Ceci empire en cas de malnutrition ou de traitement médicamenteux ayant un impact négatif sur la peau. Face à une lésion entraînant une dermatite d'incontinence, une peau jeune se remettra beaucoup plus rapidement et facilement qu’une peau mature déjà très fragilisée.

 

Les médecins craignent la dermatite d'incontinence. Pourquoi est-ce si difficile à traiter ?

L'un des principaux problèmes est la persistance de l'incontinence. Dans le cas d’une incontinence urinaire, la mise en place d'une sonde permet de limiter le contact de l'urine sur la peau. Toutefois, cela augmente le risque d'infection urinaire. Dans le cas d’une incontinence fécale, la situation est plus complexe, car l'agent responsable (les selles) demeure et alimente l'agression.

Le traitement repose sur des préparations à base de cortisone, d'antifongiques et souvent de crèmes antibactériennes. Malgré la puissance de ces médicaments, la dermatite d'incontinence n'est pas facile à éliminer. Divers soins spécifiques sont nécessaires et le coût total du traitement est étonnamment élevé lorsque l'on tient compte du temps consacré aux soins infirmiers.

 

Quel rôle jouent les bactéries et les levures comme les Candida dans la dermatite d'incontinence ?

Le débat se poursuit pour déterminer ce qui survient en premier : les lésions cutanées qui entraînent une colonisation par des micro-organismes pathogènes, ou la colonisation par des micro-organismes pathogènes qui provoquerait ensuite ces lésions. Il n'existe pas de preuve irréfutable de l'une ou de l'autre de ces hypothèses. Toutefois, il existe certains arguments tendant à prouver que la physiologie de la peau est d'abord altérée, à la suite de quoi les « mauvais » micro-organismes s'installent car ils se sentent bien dans ces nouvelles conditions non physiologiques. La peau est alors peuplée par ces micro-organismes et l'infection peut se produire à tout moment.

Chez de nombreux patients, une infection à Candida par exemple peut être traitée de manière satisfaisante par des crèmes antifongiques et une hygiène stricte. Toutefois, dans la plupart des cas, la cause sous-jacente, l'altération de la physiologie de la peau, n'est pas traitée, de sorte que les récurrences sont fréquentes. Les Candida colonisant le côlon sont souvent le réservoir de ces infections récurrentes.

 

On dit que le pH de la surface de la peau est particulier. Qu'est-ce que cela veut dire exactement ?

Il est vrai que le pH à la surface de la peau est acide. Un système complexe associant différentes substances est le garant de la stabilité du « manteau acide » de la peau. Le pH a été étudié en détail et se situe entre 4,5 et 5,5. Il existe des différences entre hommes et femmes. En outre, avec l'âge, le pH a tendance à devenir plus alcalin. On a montré l'importance du pH acide à la surface de la peau dans certaines études où un pH alcalin était comparé à un pH acide normal de la peau. L'altération du pH a entraîné une perturbation de la physiologie de la peau et de la fonction de barrière.

Les acides gras, les acides aminés et un grand nombre d'autres substances sont responsables de l'acidité du pH à la surface de la peau. Le lavage élimine ces substances. C'est pourquoi un lavage trop fréquent est considéré comme délétère pour la barrière épidermique. Les savons employés doivent être adaptés aux exigences particulières de la surface de la peau, notamment au pH acide. En quelques heures, ces substances sont régénérées par la sueur, le sébum et les cornéocytes desquamés (c'est-à-dire la plupart des cellules superficielles de la peau). Chez les personnes âgées, cette régénération prend plus de temps.

 

Que signifie « pH neutre pour la peau » ?

De prime abord, cette mention semble créer une confusion. Les chimistes définissent un pH neutre à exactement 7,0. Ceci signifie qu'il n'est ni acide, ni alcalin. C'est la définition chimique d'un pH neutre. Lorsque l'on examine un grand nombre d'êtres humains, le pH à la surface de la peau se situe plutôt entre 4,5 et 5,5, c'est-à-dire acide au sens chimique du terme. Du point de vue physiologique, le terme « pH neutre pour la peau » signifie entre 4,5 et 5,5, ce qui est normal pour la surface de la peau chez l'être humain. Un pH de 7,0 (neutre pour les chimistes) est alcalin et néfaste pour la peau.

 

Pourquoi le pH à la surface de notre peau se situe-t-il entre 4,5 et 5,5 ?

Bien que l'on sache depuis plusieurs décennies que le pH à la surface de notre peau est acide, son rôle physiologique n'a été découvert que très récemment. En effet, la flore microbiologique de la peau saine qui protège contre la prolifération des bactéries pathogènes a été identifiée bien plus tard. Quant au rôle important du pH acide pour la barrière épidermique, il a été révélé il y a deux ou trois ans seulement.

Il s'avère qu'un pH acide est nécessaire à la desquamation normale. La desquamation et la production de squames ont, pendant longtemps, été négligées en dermatologie. Pourtant, il s'agit d'un élément important de la biologie de la peau. La peau se renouvelle en permanence, et effectue un cycle complet en 28 jours. Les nouvelles cellules produites, quand elles parviennent à maturation, forment la barrière épidermique ; elles ont ensuite besoin d'être éliminées faute de quoi nous serions enfermés dans une couche de peau de plus en plus épaisse au fil du temps. 

Le processus de desquamation nécessite la présence d'enzymes dans les couches les plus superficielles de la peau or ces enzymes sont seulement actives lorsque le pH est acide. C'est un système extrêmement perfectionné. Tant que le pH se situe autour de 7,4 (comme à l'intérieur de notre corps ainsi que dans la peau à l'exception des couches les plus superficielles), la formation d'une barrière protectrice n'est pas perturbée. Tout se passe en douceur. En revanche, lorsque les cellules atteignent les couches supérieures, elles captent le « signal » pH acide, ce qui active les enzymes de desquamation. Celles-ci dégradent les structures conjonctives, puis les cellules se détachent et tombent. Au bon endroit et au bon moment. Ainsi, si ce système ne fonctionne pas correctement, comme chez certains patients souffrant de maladies génétiques, des maladies de la peau sévères peuvent se produire.

 

On dit que le pH acide à la surface de la peau favorise la prolifération de certaines bactéries en particulier. En quoi la flore de la peau saine est-elle si spéciale ?

En réponse à un grand nombre de facteurs de stress environnementaux, la peau se régénère continuellement. Il est très important de contrôler la croissance des bactéries à la surface de la peau. Pour éviter la prolifération de ces bactéries pathogènes et le risque qu'elles pénètrent dans l’organisme, le corps humain a recours à plusieurs stratégies. L'acidité du pH est l'un de ces mécanismes de protection. 

La plupart des bactéries pathogènes ne se développent pas correctement dans un environnement acide. Il existe toutefois des bactéries qui tolèrent et même nécessitent un pH acide pour se développer dans des conditions optimales. Ces espèces composent un milieu équilibré et renforcent même la fonction de barrière de la peau. Elles stabilisent l'acidité du pH en générant des acides gras libres à partir des triglycérides (lipides naturels) contenus dans le sébum. Leurs métabolites (produits dégradés de leur métabolisation) sont acides et, pour la plupart, rendent la peau très hostile aux espèces de bactéries pathogènes.

Là où une flore de peau saine est présente, les bactéries pathogènes ne peuvent se développer.

 

Qu'est-ce qui peut altérer l’équilibre de la flore protectrice de la peau ?

Toute perturbation du micro-environnement cutané dérange considérablement la flore protectrice de la peau. Les toilettes fréquentes utilisant des savons de synthèse, la diminution de la production de sébum que l'on constate chez les personnes âgées, une humidité excessive et un pH alcalin  favorisent la prolifération des bactéries pathogènes.

 

Pourquoi l'urine attaque-t-elle la peau ?

L'urine peut provoquer des irritations cutanées lorsque la peau n'est pas lavée immédiatement. Certes, l’urine est stérile, mais au contact de l’air ambiant, elle se décompose et de l’ammoniaque se forme. Outre l'odeur qu'elle dégage, l'ammoniaque attaque le manteau de protection acide de manière très agressive.

 

Relargage : Que signifie ce terme et en quoi cela provoque-t-il des lésions de la peau ?

La réhumidification signifie que le liquide ressort à la surface de la peau après avoir été guidé par la partie absorbante de la protection anatomique. Lorsque l'urine n'est pas immédiatement éliminée de la peau, l'humidité provoque le gonflement du stratum corneum qui devient instable. Parallèlement, les liquides réduisent l'acidité du manteau de protection acide et l'empêchent d'agir comme barrière contre les germes, puis de se régénérer.

Date de mise à jour : 13/01/2016 18:03