Le soin efficace des plaies est complexe et nécessite une prise en charge globale.

Il est physiologique, il est axé sur le patient et il requiert une approche multidisciplinaire. Surtout, le plus important est d'impliquer et de convaincre le patient.

J'ai rencontré un cas où toutes les pièces de ce puzzle étaient parfaitement assemblées.

Mere et sa fille se soutenant mutuellementC'est l'histoire d'une jeune agricultrice. Elle était mère de trois enfants et possédait une grande exploitation agricole. Le matin, elle s'occupait de la traite des vaches tout en surveillant ses enfants et en gérant l'exploitation. C'était une travailleuse acharnée, une épouse et une mère dévouée, et une chef d'entreprise. Elle était même tellement occupée qu'elle ne s'était pas rendue compte qu'elle développait des ulcères sur les jambes.

Après un passage au centre de soins, elle a reçu un protocole de soin : thérapie de compression et pansements adaptés. Elle a immédiatement constaté que ses plaies évoluaient favorablement. Pourtant, malgré la poursuite des soins, le processus de cicatrisation s'est ralenti sans raisons apparentes.

Lors de la visite suivante, l'équipe soignante lui a recommandé d'arrêter de travailler dans l'étable. En parallèle, nous l'avons mise en contact avec un assistant capable de l'aider dans ses tâches à la ferme pour assurer la fin du processus de cicatrisation. Mais connaissant son degré d'implication dans son travail, nous craignions les potentiels effets sur son moral. Au cours d'une des séances de soin suivantes, nous lui avons demandé comment les choses se passaient à la maison. La bonne nouvelle, c'était que ses enfants réussissaient mieux à l'école depuis qu'elle pouvait passer plus de temps avec eux. La mauvaise, par contre, c'est qu'elle ne souhaitait pas poursuivre sa collaboration avec son assistant.

Cette première conversation avec la patiente était révélatrice, mais nous devions explorer les choses un peu plus en profondeur.

Au final, c'est son mari qui nous a aidé à mettre le doigt sur le problème sous-jacent. En fait, elle ne voulait pas qu'on puisse la soupçonner d'être paresseuse, et donc elle avait continué de travailler dans l'étable. Son mari en revanche était satisfait de l'évolution de sa guérison et surtout, il était encore plus heureux de l'impact que cela avait sur la vie de famille. Bref, pour faire court : ils ont décidé de garder l'assistant.

Les plaies des jambes de l'agricultrice ont continué à guérir et j'en ai tiré une leçon importante : la guérison d'une plaie ne commence pas avec la plaie à proprement parler. Il faut assembler toutes les pièces du puzzle.

Il faut prendre en compte les besoins et les attentes du patient, impliquer les personnes qui partagent sa vie et combiner l'expertise des professionnels pour garantir la meilleure prise en charge du patient.

 

Les bonnes pratiques sont faites pour être partagées

Mais assembler les pièces du puzzle n'est pas toujours chose facile. En particulier lorsque l'on ne sait pas par où commencer.
C'est particulièrement vrai dans le cas des ulcères de jambes. Le diagnostic est largement négligé et les connaissances sur le sujet sont trop souvent lacunaires. Il faut donc parfois des années pour qu'un ulcère à la jambe soit correctement diagnostiqué.

Médecins et commercial travaillant ensembleLes pathologies chroniques en hausse et le vieillissement de la population ne facilitent pas la réponse croissante de demande en soins des plaies. La majorité des professionnels de santé ont ou auront pour tâche de gérer des plaies chroniques à un moment ou un autre de leur carrière. Par exemple : si une personne est admise à l'hôpital pour une infection oculaire, elle ne laisse pas son ulcère au pied à la maison. De l'ORL à l'urologie, il est crucial de pouvoir consulter du personnel compétent lorsque des patients portant des plaies franchissent le seuil du service.

Autre difficulté, les généralistes ne peuvent pas envoyer tous leurs patients voir un spécialiste. En outre, les patients ne sont pas tous enclins à aller voir un autre praticien. Selon moi, il est de plus en plus important d'avoir facilement à disposition des connaissances pertinentes et des ressources fiables.

On dit que les connaissances n'augmentent que quand on les partage en particulier dans le domaine du soin des plaies, c'est au coeur de notre pratique.

Fondée en 2005, l'Initiative pour les plaies chroniques (ICW) rassemble actuellement 40 groupes de travail régionaux dans toute l'Allemagne. Nous sommes infirmiers, cliniciens, spécialistes, généralistes et chercheurs, et nous nous réunissons régulièrement pour échanger nos idées, élargir notre réseau et étudier des méthodes pour optimiser et harmoniser le partage des connaissances. Nous constituons des équipes interprofessionnelles et nous comptons 150 formateurs certifiés en soin des plaies dans toute l'Allemagne.

Notre programme de partenariat en Chine, en collaboration avec HARTMANN, est programmé sur deux mois. De cette manière, les participants ont la possibilité de mettre en pratique dans un contexte clinique leurs connaissances théoriques. À ce jour, l'ICW a certifié 35 000 experts en soin des plaies en Allemagne

Bref, pour faire court : ils ont décidé de garder 35 000 experts en soin des plaies en Allemagne, et distribué plus de 300 certifications de « Wundexperte  » à des infirmières dans 61 villes de Chine. La communication avec le patient est une dimension essentielle de notre cursus.

 

Qu'est-ce qui distingue la formation au soin des plaies d'hier et d'aujourd'hui ?

J'ai terminé mes études d'infirmière en pédiatrie en 1976 à la Clinique universitaire de Düsseldorf. À l'époque, la gestion des plaies chroniques n'était pas spécifiquement abordée dans le cursus. Très franchement, je me suis formée moi-même aux fondamentaux du soin des plaies. En vingt ans, j'ai travaillé dans plusieurs cliniques d'Allemagne, et j'ai pris conscience que les professionnels de santé avaient des connaissances partielles, voire inexistantes, en matière de gestion des plaies. Sur cette période, j'ai créé de toutes pièces des formations internes sur le soin des plaies.

Mais aujourd'hui les personnels soignants ont de nombreuses options à leur disposition.

Infirmières se retrouvant ensemble pour partagerDes programmes ont été mis en place, il existe des offres de formation continue et on trouve même des programmes pédagogiques en ligne. Mais ce n'est pas assez. Rappelez-vous que les pathologies chroniques sont en hausse avec un nombre de plaies en constante augmentation. Les patients vont avoir des parcours de vie variés. Il faut donc constamment actualiser sa formation. Continuer de se développer. Continuer d'apprendre, et d'apprendre les uns des autres.

Si le soin des plaies chroniques est effectivement un puzzle, les praticiens qui possèdent les connaissances, les compétences et l'expérience en détiennent la première pièce. C'est à nous d'assembler le puzzle pour nos patients. Car aujourd'hui plus que jamais, il est essentiel de faire le lien.

Rendez-vous sur hartmann.fr pour en savoir sur le programme LINK d'HARTMANN

 

Veronika Gerber Photo

CEO, Initiative Chronische Wunde e.V.
Veronika Gerber

Veronika Gerber est CEO et membre fondatrice de l'Initiative pour les plaies chroniques (ICW), association allemande dédiée au soin des plaies. Elle a commencé sa carrière comme infirmière en pédiatrie à Düsseldorf et s'est engagée depuis à rendre la formation au soin des plaies accessible à tous les professionnels de santé.

 

Date de mise à jour : 14/09/2017 13:52